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Critique littéraire, billets d'humeur, entretiens avec des auteurs...

Quelques lectures pour la fin de l’année 2025

 

Revoici déjà la saison de recevoir des cadeaux, d’en faire, et de fêter la fin d’une année qui, sur le plan littéraire, aura, malgré tous les motifs de pessimisme, réservé de bonnes surprises. C’est le moment, pour le blogueur, de faire une pause – consacrée en partie à lire les livres à paraître au mois de janvier.

 

Début 2026, je vous dirai beaucoup de choses d’Alain Blottière, de Maryline Desbiolles, d’Éric Vuillard, de Lionel Shriver et de bien d’autres écrivains…

 

Et vous pourrez déjà, si le cœur vous en dit, noter les dates auxquelles ma nouvelle pièce sera jouée, en mars, au Théâtre de l’Île-Saint-Louis à Paris (voir ci-dessous).

 

 

 

Dans l’immédiat, à tous, d’heureuses fêtes de fin d’année. Et quelques rappels de titres dont j’ai parlé depuis le mois d’août et qu’il ferait bon, à mon avis, déposer ou trouver sous les sapins à venir.

 

Bouts du monde

 

Éclaircie, Carys Davies, traduit de l’anglais par David Fauquemberg (Table Ronde/Quai Voltaire)

L’Écosse au XIXe siècle, une île loin au nord des Shetland, un unique habitant, un pasteur échoué… L’autrice de West revient pour un huis clos septentrional, magnifique tableau d’une nature extrême et belle réflexion sur la communication entre les êtres.

 

Cœur d'ourse, Nikolaï Baturin, traduit de l’estonien par Guillaume Gibert (Paulsen)

La taïga sibérienne en été comme en hiver, un héros-narrateur alternativement trappeur et guide, ses séjours au village, ses chasses, ses rencontres… Ce très gros livre paru en 1989 et enfin traduit est un recueil de longues nouvelles, un roman d’éducation, une méditation aux accents mystiques, et le formidable récit d’une vie dans les bois.

 

 

Le courant de l’Histoire

 

Une génération passe, une génération vient, Peretz Markish, traduit du yiddish par Rachel Ertel (L’Antilope)

Le père, depuis son shtetl d’Ukraine, voit la guerre accoucher de la révolution. Le fils, étudiant à Kiev, se jette avec enthousiasme dans le courant de l’Histoire. Ce somptueux roman, paru en 1929 et traduit pour la première fois, conte dans une langue d’un modernisme et d’un lyrisme exacerbés le drame de vies en proie à la tourmente.

 

James, Percival Everett, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut (L’Olivier)

On voulait vendre James : il s’enfuit. De ses déboires sur les bords du Mississippi alors que la guerre de Sécession approche, Percival Everett fait un étourdissant roman d’aventures, hommage à Mark Twain et hymne à la littérature où la tragédie se mêle au comique.

 

Enfances

 

Mon amie de plume, Yiyun Li, traduit de l’anglais par Clément Baude (Belfond)

Deux jeunes paysannes françaises des années 1950 entreprennent d’écrire un roman. Son succès imprévu bouleversera leurs existences. Amour, humour, trahisons, la grande écrivaine sino-américaine nous entraîne dans un jeu subtil et une vertigineuse réflexion sur l’écriture.

 

Rêve d'une pomme acide, Justine Arnal (Quidam)

La narratrice raconte son enfance et son adolescence entre Alsace et Lorraine, père et mère, femmes et hommes. Et mêle les tons et les modes d’écriture dans un texte cruel, drôle, d’une réjouissante âpreté.

 

 

L’art du fragment

 

Vertu et Rosalinde, Anne Serre (Mercure de France)

Est-ce, comme le dit le sous-titre, un roman ? Est-ce un ensemble de récits brefs ? On bondit et on glisse de l’un à l’autre de ces trente textes faussement légers, sensible aux échos qui les relient et emporté par une écriture jubilatoire et jubilante.

 

À deux heures, il sera trois heures, Sergi Pàmies, traduit du catalan par Edmond Raillard (Actes Sud)

Dix courts récits qui composent l’autoportrait éclaté d’un écrivain. Le célèbre auteur catalan joue avec le vrai et le faux, l’autobiographie et le genre de la nouvelle, dans une brillante et malicieuse mosaïque.

 

Et aussi…

 

Du côté de la vie, Christine Hélot (Le Sentier des mots)

 

Universitaire, autrice d’ouvrages savants et de plusieurs livres pour la jeunesse, Christine Hélot dirige également  à Strasbourg une maison d’édition encore toute jeune mais dynamique, Le Sentier des mots. Le cinquième volume paru est un recueil de ses propres textes.

 

Treize courts récits, dont certains qu’on devine très proches de l’autobiographie tandis que d’autres ressemblent plus à de pures fictions. Ils composent à eux tous le portrait fragmentaire et décalé d’une intellectuelle cosmopolite, ayant vécu en Irlande, aux États-Unis, connu des bonheurs et des drames. Justifiant par là un titre qui pouvait à première vue paraître quelque peu discutable.

 

Mes préférences iraient à ceux de ces récits qui se rattachent le plus nettement au genre de la nouvelle. L’humour s’y marie habilement aux secrets et aux mensonges dont la révélation en fin de parcours illustre un art consommé de la chute et, surtout, du détour, tant la narration semblait nous emmener ailleurs pour mieux nous conduire en fin de compte à l’essentiel.

 

Ainsi du Cimetière, où une institutrice alsacienne un peu godiche croit rencontrer l’amour en la personne d’un bel Allemand, dont elle découvrira la face cachée en l’emmenant visiter le cimetière juif de son village natal (1). Ou de Coming-Out, où l’échange de souvenirs entre une prof de fac et son ancien étudiant à propos du 11-Septembre à New York débouche soudain sur des contrées inattendues. Ou encore des Douze Ouzbeks, histoire loufoque et triste d’un déménagement, d’une valise perdue et de ce qu’elle contenait vraiment…

 

L’Histoire – de la Seconde Guerre mondiale, ou plus récente et marquée par le terrorisme et les migrations – vient partout subtilement percuter les destinées individuelles. Partout aussi les thèmes de la mort et du deuil affleurent sous le ton volontiers enjoué. « L’absence est invisible, mais elle occupe tout l’espace » – fournissant au recueil sa vraie basse continue.

 

P. A.

 

(1) Rosenwiller, village du Bas-Rhin près duquel se trouve l’un des plus anciens et des plus grands cimetières juifs d’Alsace

 

 

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