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Critique littéraire, billets d'humeur, entretiens avec des auteurs...

Cataclysmes, lectures et série estivale

 

Ne nous laissons pas submerger par les cataclysmes en cours ou à venir, qu’ils soient climatiques, technologiques ou politiques. Souvenons-nous que la lecture est une activité immobile, non polluante, qui ouvre les plus courts chemins vers les lointains et le tout proche.

 

Comme tous les ans, mais peut-être plus que jamais, voici quelques suggestions, inspirées par mes découvertes des six derniers mois…

 

 

Contes d’aujourd’hui

Je suis une idiote de t'aimer, Camila Sosa Villada, traduit de l’espagnol par Laura Alcoba (Métailié)

L’écrivaine argentine dénonce l’oppression et les discriminations qui frappent les trans, dans neuf nouvelles qui renouvellent l’esprit du baroque avec une crudité, un humour et une inventivité éblouissants.

 

La Fabrique du merveilleux, Nétonon Noël Ndjékéry (Hélice Hélas)

Dans une Afrique d’« il y a longtemps », merveilleux et réalisme, rêve et réalité, animaux, dieux et hommes se mêlent. Et la parole du conteur les entretisse dans une intrigue désopilante et foisonnante, qui est en soi un hymne aux pouvoirs du langage.

 

Très brève histoire de l'enfer, Jérôme Ferrari (Actes Sud)

L’enfer, ici, c’est Abu Dhabi, où le destin du narrateur, enseignant expatrié, croise celui d’une employée de maison exilée de son Sri Lanka natal. L’auteur de Nord Sentinelle continue, dans ce deuxième volume de ses Contes de l’indigène et du voyageur, une œuvre de grand romancier moraliste.

 

La Bagarre, Lauren Groff, traduit de l’anglais par Carine Chichereau (L’Olivier)

Neuf histoires semées de zones d’ombre et de subtiles boucles narratives, où le conflit entre femmes et hommes croise les oppositions de classes. Avec, pour constante toile de fond, la présence mystérieuse du monde.

 

Le Bon Mal, Samanta Schweblin, traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon (Grasset)

Dans ces récits placés sous le signe de l’étrangeté, l’autrice argentine raconte des vies qui bifurquent, s’égarent, et dont les héros se retrouvent suspendus dans un monde trouble et incertain. Où sont les frontières du moi ? les limites du bien et du mal ?...

 

 

Enfances

Vera dans son monde, Gary Shteyngart, traduit de l’anglais par Stéphane Roques (L’Olivier)

Dans une Amérique de demain en proie au fascisme et à la technologie, la vie de Vera, dix ans, est pleine de mystères : qu’est devenue sa mère coréenne ? son père est-il un espion russe ? sa mère adoptive lui préfère-t-elle son demi-frère ?... Gary Shteyngart poursuit, avec l’humour et l’inventivité qui le caractérisent, son portrait d’un pays et son éloge des différences.

 

L'Heure de la vache, Pajtim Statovci, traduit du finnois par Claire Saint-Germain (Les Argonautes)

Écrivain finlandais d’origine kosovare comme l’auteur, le narrateur retourne au pays natal avec sa mère et s’y souvient de son enfance saccagée. Violence, humour noir, absence de toute concession… Magnifiquement incorrect.

 

 

 

Grands espaces

Les Amours en fuite, Kevin Barry, traduit de l’anglais par Carine Chichereau (Métailié)

Entre Idaho et Montana, Tom et Polly fuient à travers les forêts, de ville en ville, police et destin à leurs trousses. L’auteur irlandais fait de leur amour fou une déchirante et nonchalante ballade.

 

Yawara, Rodrigo Leão, traduit du portugais par Daniel Matias (Paulsen)

Début du XVIe siècle. Futur Brésil. Un homme sera mangé demain. Un autre, pour le distraire, lui raconte l’histoire de Yawara : violence, humour, vertiges métaphysiques d’un monde en train de basculer sur son axe…

 

 

 

Paroles

Déclaration de la personne, Elfriede Jelinek, traduit de l’allemand par Sophie Andrée Fusek (Seuil)

Pour dire un monde fait de flux (argent, corps, signes…), la grande écrivaine autrichienne invente une écriture par associations, entrelacements et coupures, d’une étourdissante, drôle et radicale modernité.

 

Blancheur, Jon Fosse, traduit du néo-norvégien par Terje Sinding (Bourgois)

Un homme perd son chemin dans une forêt hivernale. Il parle, et sa voix, en une invocation hypnotique, nous appelle au bout de la nuit et au-delà des apparences.

 

 

Je souhaite un excellent été à tous mes lecteurs, quoique, pour ceux d’entre eux qui le souhaitent, nous ne soyons pas appelés à nous quitter complètement pendant les semaines qui commencent. En guise de série d’été, je compte en effet republier les articles que j’ai consacrés, voilà déjà quelques années, à des « écrivains méconnus ».

 

Puis, dès le 21 août, viendra la rentrée littéraire. On y retrouvera Polina Panassenko, David Lopez, Kim Fu, Georges Bataille témoin au procès de Pauvert, la maîtresse juive de Mussolini. Et la Croatie, l’Alaska, la pampa, la Macédoine… Des livres, espérons-le, qui nous rappelleront ce que littérature veut dire.

 

P. A.

 

 

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