• www.franceculture.frActes Sud et les éditions de l’Imprimerie nationale se sont associés pour réaliser cet ouvrage, consacré à ce qui est peut-être pour nous l’objet littéraire par excellence — mais qui, comme on le découvrira à la lecture, ne l’a pas toujours été. Sous la direction de Gilles Siouffi, des spécialistes tous plus titrés les uns que les autres (professeurs émérites, titulaires de doctorats divers, auteurs de livres multiples…) se sont répartis les six chapitres qui suivent et content, siècle par siècle après un chapitre sur le Moyen-Âge, les aventures et transformations du français écrit.

     

    Du latin au courriel

     

    On le voit s’émanciper peu à peu de la syntaxe latine et de la lecture à haute voix. On voit naître et évoluer la ponctuation, alors que la phrase n’est pas encore la phrase mais une « manière de parler ». Telle que nous la connaissons, ce sont les subdivisions de la période oratoire qui vont progressivement lui donner naissance ; et le carcan du vers classique contribuera aussi à lui servir de moule, la mode des maximes, au XVIIe siècle, jouant également son rôle.

     

    Ce n’est cependant qu’au XVIIIe siècle que la concurrence de la sensibilité et de la raison amènera à définir la phrase au sens moderne du mot, et au début du XIXe que les grammairiens lui donneront une structure toujours canonique aujourd’hui. Puis, à l’orée du XXe siècle, c’est l’émergence de la notion de texte comme nouvelle unité langagière. Là-dessus, montée en puissance de l’oralité, querelle de la phrase longue et de la phrase brève, crise de l’après-Seconde Guerre mondiale…, pour en arriver aux distorsions et hybridations dues aujourd’hui aux différentes formes d’écriture numérique.

     

    Qu’est-ce que la littérature ?

     

    Des questions récurrentes hantent cette épopée, comme elles sont venues régulièrement hanter ses fr.wikipedia.orghéros : comment exprimer l’émotion ? comment accueillir le français populaire et, ce qui n’est pas forcément la même chose, le français parlé ? du reste, faut-il l’accueillir ? que faire des normes ? en faut-il ?... Et de nombreux exemples tirés d’auteurs célèbres ou anonymes illustrent les propos de nos spécialistes, qui ne s’adressent pas aux spécialistes mais savent rendre un sujet pointu tout à fait accessible et, du coup, passionnant.

     

    C’est aussi qu’ils ne se limitent pas au domaine purement linguistique. N’hésitant pas à s’attarder sur le rôle de l’école, l’influence des innovations technologiques, celle de l’idéologie ou des événements historiques (exemple : inflation de la correspondance pendant la Première Guerre mondiale…), c’est une véritable sociologie historique de la langue et de ses usages qu’ils esquissent. Ainsi, bien sûr, qu’une brève histoire de la littérature francophone. C’est-à-dire, vue à partir d’une langue donnée, de la chose littéraire en tant que telle, dans son identité problématique.

     

    P. A.

     

    Illustrations :

    1) le Serment de Strasbourg

    2) manuscrit du Coup de dés, de Mallarmé (1897)


    votre commentaire
  • fr.m.wikipedia.orgFata Morgana, en collaboration avec le Musée Paul Valéry, vient de republier sous forme de mince volume Inspirations méditerranéennes, une conférence prononcée par l’auteur du Cimetière marin en 1933 et reprise en 1936 dans Variété III. « Ce que je vous dirai », annonce le poète, « ne concernera que les rapports de ma vie ou de ma sensibilité, dans sa période de formation, avec cette mer Méditerranée qui n’a cessé, depuis mon enfance, de m’être présente soit aux yeux, soit à l’esprit ». Suivent quelques très belles pages évoquant une enfance et une adolescence passées dans un port bien connu. Les ports : ces lieux où l’œil, passant du spectacle de la mer à celui de l’activité des hommes, « embrasse à la fois l’humain et l’inhumain »… Comment ne pas y rêver d’être « aspirant de marine » ou, à défaut, « poète ou peintre » ?

     

    Suivant un plan d’une rigueur et d’une simplicité platoniciennes, Valéry passe de la mer, de ses couleurs et de ses parfums, à ce que l’esprit y découvre, à savoir « tous les attributs de la connaissance : clarté, profondeur, vastitude, mesure » ; puis, s’élevant de l’individu au tout, il en vient au « rôle (…) que la Méditerranée a rempli (…) dans  la constitution de l’esprit européen, ou de l’Europe historique, en tant que l’Europe et son esprit ont modifié le monde humain dans son entier ». Une certaine vision des choses et du style, qui met la Méditerranée au cœur de l’Occident, et l’Occident au centre du monde.

     

    Que celui-ci ait cependant plus d’un centre, c’est ce que nous rappelle un livre consacré à d’autres poètes https://www.pinterest.fret publié chez Philippe Rey : Le flot de la poésie continuera de couler. Ne nous arrêtons pas à ce titre pompeux. L’ouvrage, signé Le Clézio, est né de l’intérêt que celui-ci porte à l’Extrême-Orient, et de son amitié avec le poète et traducteur (du français) chinois Dong Qiang. Il est consacré aux poètes de la dynastie Tang (618-907). On y trouve des textes subtilement commentés, des éléments biographiques, des calligraphies de Dong Qiang, de nombreuses reproductions de peintures. Divisé en chapitres thématiques (Le vin, La guerre, L’amour, La nature…) suivis d’un lexique, il pourrait faire un beau cadeau de Noël pour temps troublés.

     

    D’autant qu’on y lit des choses comme :

     

    « Les oiseaux s’effacent en s’envolant vers le haut

    Un nuage solitaire s’éloigne dans une grande nonchalance

    Seuls, nous restons face à face, le Mont Jingting et moi

    Sans nous lasser jamais l’un de l’autre »

     

    (Li Bai, 701-762)

     

    … ou encore :

     

    « Les insectes d’automne sous les herbes, le givre sur les feuilles

    La balustrade vermillon, zigzagant, défait la lumière sur le lac

    Le lièvre frissonne, le crapaud a froid, la lune est si pâle

    Une telle nuit, même Chang’e (1) là-haut doit avoir le cœur brisé ! »

     

    (Li Shangyin, 813-858)

     

    P. A.

     

    (1) Déesse de la lune. Elle y réside en compagnie d’un lapin et d’un crapaud.

     

    Illustrations :

    Albert Marquet, Voiliers à Sète (1924)

    Shen Zhou (1427-1509), Carnet de paysages

     


    2 commentaires
  • http-_p9.storage.canalblog.com

     

    Cette année, les prix littéraires ne se suivent ni ne se ressemblent. Le Goncourt et le Renaudot ont fini par nous arriver. Le premier, on le voyait venir : l’éblouissante et si efficace machine d’Hervé Le Tellier, L’Anomalie (voir ici), ne pouvait rester sans récompense. Roman captivant, brillant, drôle. Un peu trop tout cela, peut-être, mais tant de savoir-faire valait au moins un prix.

     

    www.reseau-canope.fr

     

    L’autre prix, le Renaudot, échoit à Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils (voir ici). Voilà récompensée une réputation, construite patiemment, au fil des ans, de livre en livre. La patience, la ténacité, c’est quelque chose… Il y avait sûrement un prix pour ça, jadis, dans les écoles de la République.

     

    P. A.


    2 commentaires
  • www.seuil.comDans sa collection « Fiction et compagnie », le Seuil publie une nouvelle édition des Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke. La traduction est de Sacha Zilberfarb (après Gustave Roud et bien d’autres). L’originalité est de présenter non seulement les lettres de Rilke, mais aussi celles (sauf la première, perdue) que lui adressait le jeune aspirant écrivain Franz Xaver Kappus. Auquel l’auteur des Sonnets à Orphée prodiguait des conseils tels que celui-ci : « Ce qui se passe au plus intime de vous mérite tout votre amour, c’est à cela que vous devez travailler, de quelque manière, sans perdre trop de temps et de courage à éclaircir votre position à l’égard des gens. Qui vous dit, après tout, que vous devez en avoir une ? »…

     

     

     

     

    Le Mercure de France poursuit sa publication du Journal particulier de Paul Léautaud. Après les annéeswww.mercuredefrance.fr 1933, 1935 et 1936, voici cette année l’année 1937. Rappelons qu’il s’agit des pages retirées du Journal tout court par celle qui le dactylographia, Marie Dormoy. Maîtresse de l’auteur du Petit Ami, elle préférait peut-être ne pas voir divulguer des informations telles que celle-ci : « Les choses agréables pour un homme, elle ne les aime pas et ne s’en cache pas. Elle ne sait pas jouir pour de bon, c’est-à-dire faire jouir rien qu’avec la bouche. Non plus branler vraiment, avec art ». Marie Dormoy a cependant tout conservé et tout transmis, c’est grâce à elle que nous pouvons lire : « Je lui ai fait sortir une jambe, et je me suis mis à lui embrasser le pied — elle a des pieds charmants — à m’amuser à lui sucer les orteils, notamment le gros, lui disant, en riant : "Quel dommage que ce ne soit pas une queue!" ».

     

     

     

     

    www.babelio.comLa revue Les Moments littéraires (voir ici et ici) consacre une part importante de son numéro 44 à Catherine Safonoff. L’occasion de faire plus ample connaissance avec une œuvre peut-être mal connue du lecteur français, et qui comprend une dizaine de titres, presque tous chez Zoé. « Avant la déferlante » de l’autofiction, cette écrivaine genevoise « a imaginé et commencé à pratiquer une exploration originale de son existence, en jouant avec les formes, en variant les éclairages », nous apprend Daniel Maggetti dans un long texte introductif. « Mon idée, c’est que l’écriture elle-même devient le produit addictif, devient la substitution de la substitution », écrit-elle quant à elle dans Le Mineur et le Canari (Zoé, 2012). « Et la difficulté, c’est que l’écriture est contrainte de signifier quelque chose, elle cherche à remonter à la source d’un poison qui est aussi un remède ».

     

    P. A.


    votre commentaire
  • http-_artifexinopere.com

     

    Sous cette dénomination quelque peu médicale, Aleph-Écriture propose aux auteurs de romans, nouvelles, poèmes, ou de tout autre type de textes, de faire lire leurs manuscrits par des personnes censément susceptibles de donner un avis autorisé. Toute modestie mise à part, je joue, à l’occasion, le rôle d’une telle personne.

     

    Si vous voulez savoir pourquoi, lisez, en cliquant ici, l’entretien que je viens de donner à L’Inventoire. J’y explique pourquoi, à mon avis, le regard d’un lecteur extérieur et non prévenu peut être utile à l’auteur et enrichissant pour le lecteur lui-même. J’y dis aussi dans quel esprit je m’efforce, dans les textes qui me sont soumis, de repérer ce que l’auteur a voulu faire, et de l’aider à s’y tenir…

     

    Lectures diagnostics


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique