• photo Pierre Ahnne

     

     

    « C’est la nuit qui est continue. C’est la nuit qui est le tissu

    Du temps, la réserve d’être

    Et le jour n’ouvre là-dessus que par de méchantes fenêtres et des poternes.

    C’est le jour qui rompt et le jour n’ouvre là-dessus

    Que par de pauvres jours

    De souffrance. C’est le jour qui crève et les jours sont comme des îles dans la mer.

    Comme des îles interrompues qui interrompent la mer.

    Mais la mer est continue et ce sont les îles qui ont tort. »

     

    Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu

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  • photo Pierre Ahnne

     

    « Car j’aime comparer à de très jeunes filles

    mes pensées qui ont la courbe de leurs jambes craintives

    et l’effarouchement moqueur d’éclats de rire.

     

    Seules les jeunes filles ne m’ennuyèrent jamais :

    Vous savez qu’elles vont, dont ne sait quoi, causer

    le long des tremblements de pluie des églantiers.

     

    Et moi, je ne sais pas ce que mes pensées pensent.

    J’aurais dû naître un jour calme des grandes vacances,

    lorsque les framboisiers ont des cousines blanches. »

     

    Francis Jammes, Le Deuil des primevères

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  • photo Pierre Ahnne

     

    « "Daigne protéger notre chasse,

                Châsse

    De monseigneur saint Godefroi,

                Roi !

     

    Si tu fais ce que je désire,

                Sire,

    Nous t’édifierons un tombeau,

                Beau ;

     

    Puis je te donne un cor d’ivoire,

                Voire

    Un dais neuf à pans de velours,

                Lourds,

     

    Avec dix chandelles de cire,

                Sire !

    Donc te prions à deux genoux,

                Nous,

     

    Nous qui, nés de bons gentilshommes,

                Sommes

    Le seigneur burgrave Alexis

                Six !"

     

    Voilà ce que dit le burgrave

                Grave,

    Au tombeau de saint Godefroi

                Froid. »

     

    Hugo, Odes et ballades

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  • https://www.essentiam.fr

     

    « Ses yeux ont délaissé la page, elle les lève,

    Et, sous l’impression du chapitre, elle rêve

    Aux existences des personnages fictifs

    Passionnés, vivants, ambitieux, actifs,

    Dont les conflits ou les baisers forment l’intrigue ;

    Elle s’arrête pour suspendre sa fatigue

    Et se demande avec doute si, quelque jour,

    Elle aussi connaîtra le dévorant amour

    Qui trouble le sommeil et fait qu’on se décide,

    En cas de trahison, au meurtre, au suicide ;

    Belle, avide d’ivresse, elle cherche à savoir

    Si cet amour peut en réalité se voir

    Tel que la plume des romanciers nous le montre,

    Ou s’il est chimérique et s’il ne se rencontre

    Qu’en dépoétisé, qu’en faible, qu’en petit. »

     

    Raymond Roussel, Le Concert

     

    Illustration : Georges Croegaert, The Reader  (1890)

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  • photo Pierre Ahnne

     

     

    « Ah, je suis las de ce personnage que je fais entre les hommes ! Voici la nuit ! Encore la fenêtre qui s’ouvre !

    Et je suis comme la jeune fille à la fenêtre du beau château blanc, dans le clair de lune,

    Qui entend, le cœur bondissant, ce bienheureux sifflement sous les arbres et le bruit de deux chevaux qui s’agitent,

    Et elle ne regrette point la maison, mais elle est comme un petit tigre qui se ramasse, et tout son cœur est soulevé par l’amour de la vie et par la grande force cosmique ! »

     

    Paul Claudel, Cinq grandes odes

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