• actu.fr

     

     

    « Des villes, et encore des villes ;

    J’ai des souvenirs de villes comme on a des souvenirs d’amours :

    À quoi bon en parler ? Il m’arrive parfois,

    La nuit, de rêver que je suis là, ou bien là,

    Et au matin je m’éveille avec un désir de voyage.

     

    Mon Dieu, faut-il mourir !

    Il faudra suivre à travers la maladie et dans la mort

    Ce corps que l’on n’avait connu que dans le péché et dans la joie ;

    Ô vitrines des magasins des grandes voies des capitales,

    Un jour vous ne refléterez plus le visage de ce passant.

    Tant de courses dans les paquebots, dans les trains de luxe

    Aboutiront donc un jour au trou du tombeau ? »

     

    Valery Larbaud, Europe

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  • www.unjourdeplusaparis.com

     

    « Comme on laisse à l’enfant pour qu’il reste tranquille

    Des objets sans valeur traînant sur le parquet

    Peut-être devinant quel alcool me manquait

    Le hasard m’a jeté des photos de ma ville

    Les arbres de Paris ses boulevards ses quais

     

    Il a le front changé d’un acteur qu’on défarde

    Il a cet œil hagard des gens levés trop tôt

    C’est pourtant mon Paris sur ces vieilles photos

    Mais ce sont les fusils des soldats de la Garde

    Si comme ces jours-ci la rue est sans autos

     

    L’air que siffle un passant vers soixante dut plaire

    Sous les fers des chevaux les pavés sont polis

    Un immeuble m’émeut que j’ai vu démoli

    Cet homme qui s’en va n’est-ce pas Baudelaire

    Ce luxe flambant neuf la rue de Rivoli

     

    J’aime m’imaginer le temps des crinolines

    Le Louvre était fermé du côté Tuileries

    Par un château chantant dans le soir des soieries

    Les lustres brillaient trop à minuit pour le spleen

    Le spleen a la couleur des bleus d’imprimerie »

     

    Aragon, En étrange pays dans mon pays lui-même

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  • photo Pierre Ahnne

     

    « Fille de l’air, rêverie,

    compagnonne du soldat,

    le jour est long sous la pluie ;

    tu reviens, le jour s’en va.

     

    Compagnonne, compagnonne,

    Entends tousser les chevaux ;

    la soupe n’était pas bonne,

    le rata n’était pas chaud.

     

    Ceux que j’aime, est-ce qu’ils m’aiment ?

    Est-ce qu’ils pensent à moi ?

    Ça ranimerait quand même,

    ça serait bon par ce froid.

     

    Une surtout, dans sa chambre,

    allant prendre mon portrait,

    et, ayant été le prendre,

    longtemps le regarderait…

     

    Je sors le mien de ma poche,

    te voilà, ma grande amour…

    mais gare si on approche,

    j’en serai pour mes vingt jours. »

     

    C. - F. Ramuz, Chanson devant la guérite

     

    Illustration : bois gravé de Henry Bischoff pour le recueil Chansons

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  • archeologue.over-blog.com

     

    « Le long d’un ciel crépusculâtre,

    Une cloche angéluse en paix

    L’air exilescent et marâtre

    Qui ne pardonnera jamais.

     

    Paissant des débris de vaisselle,

    Là-bas, au talus des remparts,

    Se profile une haridelle

    Convalescente ; il se fait tard.

     

    Qui m’aima jamais ? Je m’entête

    Sur ce refrain bien impuissant,

    Sans songer que je suis bien bête

    De me faire du mauvais sang.

     

    Je possède un propre physique,

    Un cœur d’enfant bien élevé,

    Et pour un cerveau magnifique

    Le mien n’est pas mal, vous savez.

     

    Eh bien, ayant pleuré l’Histoire,

    J’ai voulu vivre un brin heureux ;

    C’était trop demander, faut croire ;

    J’avais l’air de parler hébreu. »

     

    Jules Laforgeue, Complaintes

     

    Illustration : photo d'Eugène Atget, 1907

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  • photo Pierre Ahnne

     

    « Peupliers et trembles. Dans la dernière clarté horizontale

                à cette heure où la feuille la plus haute, qui tout le jour

                était prise dans la rivière de brise invisible

                            soudain se fige en un miel de silence.

     

    Pourquoi toujours ai-je reconnu le soir ?

                Le soir n’arrête rien

                      ­— si ce n’est ce court instant irrésolu où la terre,

                ayant cessé d’inspirer, retient son souffle

                avant sa longue expiration nocturne »

     

    Jean-Paul de Dadelsen

     

     

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